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Test : Duevel Enterprise

France - 8/2012

Laurent Thorin

Lancée officiellement à Munich en Mai 2012, la nouvelle enceinte Enterprise est maintenant installée dans les auditoriums. Nous utilisons notre paire depuis plusieurs mois, et sommes maintenant prêts à vous livrer notre conclusion sur un produit en tout point remarquable.

Markus Duevel n’est pas un constructeur prolifique. Bien au contraire, c’est un infatigable chercheur, particulièrement exigeant avec lui-même, un ingénieur acousticien terriblement perfectionniste, qui n’accepte de lâcher son bébé que lorsque ce dernier offre pour lui toutes les garanties que lui intime son cahier des charges.

Audiofédération utilise, entre autres enceintes, une paire de Planets depuis plus de deux ans. Notre rencontre à Munich avec les Enterprise fut donc très attendue, et tellement concluante, que nous avons aussitôt demandé à Duevel de nous en confier une paire pour un banc d’essai. Elles tournent sans discontinuer dans notre auditorium depuis un an…

Visuellement, cette enceinte ressemble sensiblement à la Planet, sa petite sœur. Les proportions du coffret sont quasiment les mêmes. Imaginez que l’Enterprise serait une Planet ayant subi un accroissement de 15 %. En revanche, le dispositif de diffusion placé au sommet de l’enceinte est bien plus sophistiqué. Et il rappelle toujours très fidèlement le nom des différents modèles. En effet, si les Planets sont surmontées par deux sphères, les Enterprise disposent d’une sorte d’appendice qui rappelle très fortement l’esthétique du vaisseau Enterprise de Star Trek. Voilà donc pour la caution astronomique de Duevel !

Le diffuseur des Enterprise est monobloc, mais gère la dispersion du boomer et du tweeter indépendamment. Concernant ce dernier, il est fait appel à une « toupie » dont le profil est identique à celles utilisées pour les venus, Bella Luna et Sirius. Sur ce terrain, Markus Duevel n’a pas souhaité employer une solution économique, loin de là. Pour le boomer, il a développé une pièce spécifique comprenant un saladier à quatre branches soutenant une ogive de dispersion au profil extrêmement étudié. L’organe de diffusion est maintenu solidement au-dessus des haut-parleurs au moyen de quatre tubes en carbone, matériau sélectionné pour son très bon comportement vibratoire et déjà utilisé avec succès sur les modèles plus haut de gamme. Le boomer est un modèle de 17 cm de diamètre dont la membrane est réalisée en fibres de carbone tressées. Le tweeter est un modèle d’un pouce à chambre de compression.

Malgré son apparente simplicité, le coffret est assez sophistiqué, surtout en ce qui concerne la charge acoustique. En effet, Duevel n’utilise que très peu de matériau amortissant. En revanche il a développé un filtrage mécanique sous la forme d’une paroi oblique placée entre les deux transducteurs, et percée d’une multitude d’orifices coniques qui absorbent l’onde arrière, sans retour en arrière possible, ce qui permet au boomer de fonctionner avec une grande fluidité sans être pollué par la voie interne. L’évent de décompression de la charge bass-reflex est situé tout en bas, vers le sol, à côté du bornier HP de type monocâblage. C’est l’une des raisons pour lesquelles l’enceinte est surélevée au moyen de quatre solides pieds métalliques. L’Enterprise est disponible dans un certain nombre de finitions : rouge, blanche, noire ou grise. A priori, un nuancier encore plus étoffé sera proposé par la suite.

Analyse sonore

Bien évidemment, on retrouve avec les Enterprise les précieuses vertus des Planets, c’est-à-dire, cette prodigieuse aptitude à disparaître en tant qu’objets émissifs, pour incarner dans la pièce d’écoute, un panorama sonore d’une extraordinaire intégrité. L’image sonore en trois dimensions est l’une des qualités majeures des enceintes Duevel, et avec les Enterprise, nous ne sommes pas déçus. Le son s’affranchit très aisément des entraves dans lesquelles les enceintes à rayonnement classique tendent souvent à l’enfermer. Malgré ce mode de diffusion omnidirectionnel, la scène sonore est parfaitement construite, très cohérente, avec un respect magistral de la gradation des différents plans sonores en profondeur. Sur ce point, et grâce à leur diffusion acoustique « propriétaire », les Duevel surclassent nettement les enceintes électrodynamiques traditionnelles, et confèrent à la musique enregistrée une liberté spatiale que l’on ne retrouve généralement qu’avec les panneaux (électrostatiques ou autres).

L’équilibre tonal est délibérément neutre, avec une bande passante large qui s’appuie sur un grave assez profond pour la taille de l’enceinte. Les basses octaves sont bien là, avec de la tenue, de l’assise, une structure harmonique plausible et une belle épaisseur, mais jamais d’embonpoint. Le reste du spectre s’appuie tranquillement sur cette solide fondation, avec un médium très fluide et un aigu d’une remarquable pureté pour le prix.

Dernier point et non des moindres, le comportement dynamique est de grande qualité, avec notamment une réactivité assez phénoménale, dans la mesure, bien entendu, où l’amplificateur fait parfaitement son travail.

Finalement, le seul défaut de cette enceinte, c’est son exigence à l’égard de ses « compagnons de chaîne ». La source doit impérativement proposer un haut degré de résolution, sans coloration. Quant à l’ampli, choisissez-le suffisamment neutre également, mais surtout vigoureux pour bien « tenir » les enceintes. Une bonne alimentation est indispensable. La puissance n’est pas un critère en soi, mais les Enterprise apprécient lorsque le courant est délivré sans traînage, ni la moindre inertie. C’est vraisemblablement pourquoi nous avons obtenu d’excellents résultats avec l’Atoll IN100 SE, du Naim (XS) et du Van Medevoort (MA350).

Positionnement hiérarchique

Les Enterprise ne nous paraissent vraiment pas onéreuses eu égard à leur prestation très qualitative. Dans cette gamme de prix, elles viennent occuper une place de choix dans notre sélection d’enceintes favorites, aux côtés des Totem, voire des Héritage de JCT Acoustics. En revanche, leur identité sonore très neutre, dynamique et spatiale les destine résolument aux mélomanes, et, aux professionnels du son. D’ailleurs, ce n’est nullement un hasard, si les premières paires d’Enterprise vendues en France ont été acquises respectivement par un producteur de musique classique, un critique musical, et un ingénieur du son…



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